À la découverte d’Une histoire…et OLI ©, un podcast pensé et produit par France Inter

 

Illustration d’Une histoire…et OLI ©, France Inter

En temps de confinement, l’une de mes plus belles tâches aura été de m’occuper de mon neveu et de ma nièce, âgés de 7 et 6 ans, pour permettre à leurs parents de travailler, tout en déchargeant les grands-parents, pour les raisons que l’on connaît. Celles·ceux qui ont passé du temps avec des enfants de cet âge savent à quel point ils·elles ont besoin d’être stimulé·e·s, que ce soit par des activités ludiques ou d’apprentissage. Ils·elles sont curieux·ses, intéressé·e·s par tout, ont toujours envie d’en savoir plus, et surtout, ils·elles ont une énergie inépuisable ! Une fois leur travail scolaire quotidien terminé, il me fallait donc faire preuve d’imagination pour leur trouver des occupations stimulantes. J’avoue qu’après plusieurs parties de Monopoly, Réveille pas papa !, Mikado, Uno, des Aventuriers du rail, je commençais à épuiser mes ressources de tata baby-sitter fun !

C’est en me baladant sur les sites spécialisés en littérature jeunesse, et en lisant plusieurs articles proposant des ressources pédagogiques en ligne que j’ai découvert les podcasts Une histoire…et OLI © de France Inter. Étant moi-même une amatrice de podcasts – le dernier en date, écouté au quotidien, étant le magnifique Journal de confinement de Wajdi Mouawad – j’ai voulu tester ce support avec mon neveu et ma nièce. Bien qu’ils soient tous les deux habitués aux albums jeunesse et à la narration audiovisuelle, en contexte scolaire, ils ont également pour habitude de découvrir les récits lors de rituels de lecture à haute voix. Le support audio et la forme « podcast » me paraissant a priori riches et innovants pour les élèves, j’ai voulu l’explorer avec eux, en réfléchissant aux pistes didactiques pouvant émerger.

 

Une histoire…et OLI © : c’est quoi ?

 

Il s’agit d’une série de podcasts régulièrement mise en ligne depuis 2019, regroupant des contes « du soir » destinés à des enfants âgés de 5 à 7 ans. Il s’agit de courtes histoires d’une durée de 8 à 12 minutes, traitant de thématiques très diverses et invitant les enfants à réfléchir à différents sujets en lien avec leur quotidien, l’école, l’enfance, les relations amicales ou familiales, etc. Les contes abordent sur un ton qui peut être ludique, sérieux, philosophique, didactique, etc., des thèmes importants de l’enfance, tout en créant dans chacun des podcasts un univers et des personnages uniques. Le podcast, en plus d’offrir un joli panorama d’histoires, est également très original dans sa mise en récit puisque chaque conte, recueilli par l’équipe de France Inter, est écrit par un·e auteur·trice contemporain·e, et/ou porté par la voix d’écrivain·e·s, de comédien·ne·s ou de personnalités francophones connues. On y retrouve notamment des histoires mises en voix par Omar Sy, Éric-Emmanuel Schmitt, Katherine Pancol, Chloé Delaume, Régis Jaufferet, etc. Ainsi, l’interprétation originale de chaque histoire, accompagnée de bruitages, de musique, d’effets sonores soutenant les moments importants du récit, rend l’écoute singulière et favorise l’immersion des enfants. La mise en voix des contes et les effets de montage leur permettent également de se construire une représentation mentale de l’histoire, tout en encourageant leur appréciation subjective et un investissement émotionnel dans l’univers du récit.

Le marchand d’amis, raconté par Éric-Emmanuel Schmitt : quelques pistes didactiques pour le cycle 1

Illustration du conte Le marchand d’amis©, France Inter

Prenons un exemple concret, que j’ai pu « tester » en compagnie de mon neveu et de ma nièce : Le marchand d’amis. C’est l’histoire d’un petit garçon, prénommé Maxime qui, après avoir déménagé dans une nouvelle ville, ne parvient pas à se faire de nouveaux amis à l’école. Triste de sa situation, il aperçoit un jour le magasin « le marchand d’amis », dans lequel il s’aventure et rencontre un vieil homme qui va, au fil de l’histoire, l’aider à comprendre le sens réel de l’amitié et à prendre conscience de l’importance du décentrement et de la générosité dans toute relation amicale. Le conte, en s’attaquant à une problématique à laquelle les enfants peuvent facilement s’identifier, émet également un message philosophique sur l’amitié. Celui-ci est délégué au personnage mystérieux du marchand d’amis, qui apprend à Maxime que : « avoir des amis, ce n’est pas posséder, mais donner » ; ou encore que « les amis, ça coûte, les amis, ça ne s’achète pas ».

Le support du podcast, qui ressemble à la lecture à haute voix souvent pratiquée au primaire, s’allie parfaitement avec les objectifs disciplinaires du français (PER L1-15), centrés sur l’appréciation du livre, soit : la découverte des émotions ressenties à l’écoute du livre, l’identification des personnages, l’établissement des liens avec son vécu, les interactions en lien avec la lecture, la création d’une image mentale du contenu ou la sensibilisation aux choix des mots et des sonorités.

 

Tous ces éléments peuvent être abordés au travers du support audio. Dans un premier temps, les interactions orales post-écoute permettent de s’assurer de la bonne compréhension des personnages et de l’intrigue. Des questions de compréhension, telles que « Qui sont les personnages principaux de l’histoire ? », « Pourquoi Maxime pleure-t-il au début de l’histoire ? », « Dans quel lieu se dirige Maxime ? », « Quelle est l’attitude de Maxime en classe ? », « Comment le marchand de sable s’appelle-t-il ? », etc., permettent de cibler les éléments essentiels du conte, tout en orientant progressivement vers des éléments d’appréciation. La discussion autour de la dimension philosophique du conte, les liens avec le vécu, ainsi que l’identification des émotions à la lecture peuvent être amenés par le biais d’une interaction active et guidée, où l’enseignant·e amène les élèves à exprimer leur appréciation personnelle de l’histoire, tout en les encourageant à élaborer leur ressenti face aux personnages, à l’intrigue, à la thématique de l’amitié, etc. La création de l’image mentale, enfin, peut être suscitée par des échanges autour de l’univers que les élèves se sont créé en écoutant l’histoire (comment s’imaginent-ils Maxime, le marchand de sable, le magasin ? etc.) ou, et j’ai pu le tester avec mon neveu et ma nièce, en leur faisant dessiner une illustration du conte qui reprenne certains éléments du récit. C’était d’ailleurs un moment de créativité important, où les enfants ont été particulièrement calmes et concentrés. Ils ont laissé libre cours à leur imagination, avant de présenter leur dessin (et de se chamailler un peu, aussi !).

 

Pourquoi le support audio ?

 

Il s’agit là de quelques pistes didactiques, qui peuvent être adaptées en fonction de l’histoire, mais également en fonction des objectifs du PER que l’on souhaite viser. Quelle que soit l’approche, les contes audios d’Une histoire…et OLI ©, ainsi que tout autre support audio de la littérature jeunesse, sont un moyen à la fois ludique et efficace de travailler la compréhension et l’appréciation de la littérature avec les enfants du cycle 1. Les podcasts peuvent donc devenir une ressource intéressante pour les enseignant·e·s du premier cycle, que ce soit pour un travail plus PER-orienté en classe, ou une approche plus globale, qui peut être mise en place à distance. C’est certainement la raison pour laquelle toute une série de ressources de littérature jeunesse audio a été sélectionnée en temps de confinement, pour pallier l’absence d’activités scolaires menées en présentiel. Bien que les podcasts Une histoire…et OLI illustrent quelques-unes des possibilités didactiques offertes par le support audio, les voies d’exploration restent encore amplement ouvertes et nous motivent à réfléchir à des utilisations plus pérennes de l’album audio en classe. Comme il s’agit d’un support situé entre l’album (où la présence d’images accompagne la compréhension et la représentation mentale du récit), et le livre jeunesse (où le texte éclipse progressivement l’image), le récit audio est un passeur riche et extrêmement intéressant vers les pratiques de lecture mises en place dans les cycles suivants. En effet, il permet de développer la compréhension, en même temps qu’il ouvre la voie à l’appréciation subjective des élèves, basée sur leur réception personnelle de l’histoire (émotions, lien avec son propre vécu, représentation mentale de l’univers du livre, etc.). Il est donc porteur de pratiques de lecture littéraire, qui font dialoguer la compréhension de texte avec sa réception subjective par le sujet, pratiques encouragées tout au long de la scolarité dans le cursus disciplinaire du français. Aux enseignant·e·s donc de rester à l’écoute !

 

Chronique publiée le 25 mai 2020

par Violeta Mitrovic, assistante-diplômée à la HEP Vaud, violeta.mitrovic@hepl.ch