Nouvelle année, nouvelle édition du concours de kamishibaïs Kamilala ! L’édition 2020 a pour thème « Je me souviens », inspiré du livre de Georges Perec. Pour rappel, depuis 2015, l’association Dulala organise un concours de création de planches de kamishibaïs plurilingues. Celui-ci gagne du galon chaque année, et est ouvert à toutes les écoles francophones de la scolarité obligatoire. Le choix des langues contenues dans les kamishibaïs doit refléter l’environnement linguistique des élèves : langues de l'école, des familles et variétés régionales. Kamilala est allée de l’avant avec le concours, malgré la situation. Les lauréats suisses 2020 ont été désignés. Le concours a été mené cette année simultanément entre autres au Canada (Québec et Ontario), en Grèce, au Portugal, et en Suisse romande. C’est le Laboratoire LPIC (Langues, plurilinguisme, intégration, cultures) de la HEP Vaud que l’on doit remercier pour avoir mené à bien le projet en Suisse romande.

Le jury devait sélectionner un lauréat pour trois catégories d’âges : cycle 1 (1H-4H), cycle 2 (5H-8H), cycle 3 (9H-11H et post-obligatoire). Chaque œuvre est le fruit d’un travail de longue haleine – 20 heures de travail, en moyenne, sur 10 semaines – impliquant souvent la collaboration de plusieurs intervenants (les professeurs d’art, de langue) et la rédaction de carnets de bord. Cette année, le jury a attribué non pas un, mais deux prix « coups de cœur ». Malgré les circonstances bien particulières qui ont marqué cette nouvelle mouture, la qualité était au rendez-vous !

Voie Livres a donc l’honneur et l’immense joie de vous présenter les lauréats de cette année en avant-primeur !

 

Prix du cycle 1, 1H-4H

 

© Les machines à comptines

 

Le prix du meilleur kamishibaï plurilingue pour la tranche 1H-4H a été décerné à « Les machines à comptines », réalisé par les élèves de l’école enfantine Rochette, à Villars-sur-Glâne, Fribourg (Mme Marie Bavaud et Cindy Yerly). L’œuvre s’inspire des structures en mouvement de Tinguely, le fameux sculpteur fribourgeois, pour raconter les souvenirs heureux des pays desquels les élèves sont originaires : « Jean Tinguely faisait des machines pour raconter ses amis. Nous on a fait des machines pour présenter nos pays. » La table est mise. Par cet ingénieux stratagème, le kamishibaï prend son élan narratif, rythmé par des répétitions qui structurent le propos (« tournent tournent les roues », « merci pour toutes ces infos »). La juxtaposition de dessins au crayon de feutre et de collages permet de donner du relief au récit, en racontant les souvenirs et l’importance des racines. La langue et la culture y sont célébrées, comme le bonheur de se retrouver toutes et tous, dans cette flamboyante diversité, au pays des röstis.

© Les machines à comptines

 

Prix du cycle 2, 5H-8H

 

© Nous

 

Les lauréats dans la catégorie 5-8 H sont les élèves de l’École primaire Vignettaz, Fribourg (Mesdames Michèle Delaloye, Lucie Dupont, Stéphanie Pradervand). Très poétique, « Nous » est une épopée colorée dans les souvenirs de chaque élève, qui permettent de rappeler la culture et les origines de soi, même quand ce qui nous a constitué est rude. « Je me souviens que chacun a choisi la couleur de son souvenir. C’était les teintes de notre petit monde, les teintes du monde entier. » Les couleurs choisies racontent ainsi les histoires des un·e·s, les déchirures des autres, et en constituent les trames de fond : « Il se souvenait de tout ce qu’il avait vu dans le cœur rouge de son Afrique chérie. » Moussa, « Sauvé des eaux » en arabe, cet élève arrivé depuis peu, après avoir « traversé le monde », en quelque sorte le personnage principal, est ainsi amené à embrasser sa destinée, avec l’appui et la bienveillance de ses camarades. Quelle couleur choisira donc Moussa ?

La fin est marquée par une note positive sur l’avenir, éclairé par le passé :

« Je me souviens de l’arc-en-ciel qu’ont formé nos couleurs réunies.

Je me souviens qu’on a encore écrit ‘Le surhomme c’est pas moi, c’est pas toi, c’est… nous. (Albert Jacquard)

Et ça, pour toujours, je m’en souviendrai. »

 

Une ode à l’unité au travers des différences, et pour elles.

 

Prix 9H-11H et post-obligatoire

 

© Les aventures de petit singe

 

Le prix du meilleur kamishibaï plurilingue pour la tranche 9H-11H a été décerné à l’œuvre « Les aventures de petit singe », un kamishibaï plurilingue réalisé par les élèves de l’École de la transition de Vevey, Vaud (Madame Winka Custodio). Ici, l’idée de théâtralité du kamishibaï a vraiment été exploitée à son plein potentiel, avec la mise en scène d’une peluche de petit singe dans des décors bouleversants. Cet essai photographique en noir et blanc retrace le parcours d’un petit singe aventurier et de son nouvel acolyte, qui prennent la route et vont de par le monde, de rencontre en rencontre, d’instant précieux en instant précieux. Il s’agit ici d’une allégorie de la vie et du voyage rendant compte de la beauté qui réside dans le renouvellement des cycles. Le récit rappelle qu’il est possible de retrouver des formes de stabilité et de paix, même lorsque l’on est en perpétuel déplacement.

 

Les prix coups de cœur

© Concert d’enfer

 

« Concert d’enfer », un kamishibaï plurilingue réalisé par les élèves du Cycle d’orientation des Voirets, à Genève (Mesdames Anaël Alberganti et Catherine Bidot), s’est vu attribuer l’un de ces deux prix. Le choix courageux de traiter avec beaucoup de sensibilité d’un thème aussi difficile que le terrorisme a été unanimement salué par les membres du jury. Les illustrations à l’aquarelle, magnifiques de subtilité, évoquent avec délicatesse des événements fictionnels rappelant des souvenirs difficiles. « Puis j’ai vu uno degli uomini (un homme) croiser il mio aspetto (ma silhouette), j’ai cru que c’était la fine per me (la fin pour moi). Un récit bouleversant.

 

© Concert d’enfer

 

L’autre prix coup de cœur a été décerné à « La boite à souvenirs », réalisé par les élèves de la classe d’accueil de l’École primaire de Bois-Murat, à Epalinges, Vaud (Madame Sylvie Delisle). Tout à fait dans le thème du souvenir, ce kamishibaï met en scène des élèves et une boite pleine d’objets appartenant à des personnes aimées et lointaines. Lorsque la boîte à souvenirs est emportée par le vent et les objets dispersés, on comprend que l’important n’est pas matériel, mais la profondeur des émotions qui lient des êtres, même éloignés.

 

© La boite à souvenirs

 

Les pdf des kamishibaïs sélectionnés par le jury et leurs versions théâtralisées sous format vidéo correspondantes seront disponibles sur le site de la HEP Vaud d’ici la fin du mois de juin… Restez à l’affût !

 

 

 

Chronique publiée le 17 juin 2020

Par Rosalie Bourdages, assistante doctorante, HEP Vaud, rosalie.bourdages@hepl.ch