Entretien avec Martin Page

© Astrid di Crollalanza (image disponible sur le site de l’auteur)

 

Cher Martin Page, je vous lis depuis longtemps et j’aime votre œuvre, que j’ai découverte progressivement, d’abord via la lecture de vos titres rédigés à l’adresse des lecteurs adultes. Parmi les nombreuses directions que vous explorez dans l’écriture se trouve aussi un pan littérature jeunesse. C’est à cette partie de votre création que nous allons nous intéresser ici, dans l’espoir de faire connaitre davantage vos livres pour enfants en particulier auprès des enseignants, notamment en Suisse romande où vous êtes – me semble-t-il – encore insuffisamment lu.

Quand on se rend sur votre site ou bien que l’on découvre votre page wikipédia, on est impressionné par le nombre de publications que vous avez déjà fait paraître. Quel âge avez-vous, Martin Page ? Et pourquoi écrivez-vous des récits pour les jeunes lecteurs ?

MP :
J’ai 44 ans, j’écris des livres pour les jeunes lectrices et lecteurs parce que je suis toujours un lecteur de livres jeunesse. C’est un monde que j’aime, et en tant qu’auteur, je pense qu’il permet d’expérimenter et de donner naissance à des idées qui n’auraient pas leur place ailleurs. La littérature jeunesse est la plus inventive, riche et subversive des littératures.

  © L’école des loisirs            © Le Rouergue

« Conversation avec un gâteau au chocolat », « Plus tard, je serai moi »… Vous maitrisez l’art du tire à merveille ! D’où vous viennent les titres de vos ouvrages ?

MP : « Plus tard je serai moi » a été trouvé par ma compagne, Coline Pierré. Mais sinon oui ce sont mes titres. J’ y passe tout simplement du temps. C’est un travail de composer un titre.

© le baron perché

Plusieurs de vos récits jeunesse ont été créés en collaboration avec des illustrateurs ou des illustratrices. Dans votre création, quel rôle à l’image dans l’écriture jeunesse ?

MP : En tant qu’auteur, je pense en images, que je traduis en mots. Ensuite c’est un plaisir de ce métier de faire des livres avec des illustratrices et illustrateurs, de confronter nos deux arts, de s’inspirer mutuellement.

© Gallimard Jeunesse

Votre prochain livre, « Le permis d’être un enfant », va paraître au mois d’août chez Gallimard jeunesse. De quoi parle-t-il ?

MP :
C’est l’histoire d’un enfant à qui ont enlève son permis d’être un enfant. On lui reproche de ne pas être un enfant comme il faut. Il essaye de comprendre pourquoi.

Votre premier récit jeunesse, Le garçon de toutes les couleurs (2007), abordait déjà une thématique pas évidente pour de jeunes lecteurs, celle de la violence familiale. Dans cette vidéo datée d’il y a plus de dix ans https://www.youtube.com/watch?v=D7XYrnMD3y4, vous parliez de cet ouvrage en ces terme Avez-vous toujours le même regard sur l’abord par la littérature jeunesse de thématiques « difficiles » ?

MP : Ahah désolé, il m’est impossible de me voir et de m’écouter, donc je ne vais pas regarder cette vidéo. J’ai écrit ce livre sans savoir que je parlerai des enfants battus, le thème est venu plus tard, je ne me suis pas dit « Je vais écrire un livre pour dénoncer les violences contre les enfants ». J’ai simplement eu cette idée d’un enfant avec des taches de couleur sur le corps. Je fonctionne comme ça souvent. Ensuite le thème « difficile » arrive de lui même, car j’ai un rapport critique au monde. Mais au départ, c’est la plupart du temps une intuition esthétique ou narrative.

Manon de Lastens ©

Sur votre page facebook, vous faites régulièrement part de divers de vos engagements citoyens. Est-ce important selon vous que l’écrivain adopte à notre époque une posture de type politique notamment sur la scène publique médiatique ?

MP : J’ai cessé de me lancer dans des débats et des polémiques sur les réseaux sociaux. C’est épuisant et blessant. Ça me rendait malheureux. Mon engagement passe par ma vie quotidienne, par exemple avec d’autres parents nous avons essayé de sauver l’école de nos enfants, menacée de fermeture par la mairie. Cela passe aussi par mes livres, qui ont tous un aspect critique, qui tous portent en eux une part de remise en cause de la norme, sans être des livres militants ou didactiques.

 

Entretien réalisé par Vincent Capt, vincent.capt@hepl.ch, HEP-Vaud / UER Didactique du français

Chronique publiée le 2 juillet