BookTubers : comment partager ses lectures à l’ère du numérique ?

La communauté BookTubing a fait sa place dans les paysages littéraire et virtuel il y a quelques années. Elle est constituée de BookTubeuses et de BookTubeurs, des jeunes passionné·e·s de lecture, qualifié·e·s de « critiques littéraires 2.0 », qui partagent avec enthousiasme leurs récentes découvertes littéraires dans des capsules vidéo.

Entrevue avec Vanessa Depallens, assistante-diplômée à la HEP Vaud, à l’origine du projet « BookTubers ». Elle propose un dispositif pour enseigner le BookTubing (formation continue) et un concours ouvert aux classes vaudoises.

 

Q- On dit souvent que les jeunes lisent moins, et qu’ils sont moins intéressés par la littérature. Est-ce que la littérature doit être « dépoussiérée » ? Est-ce que les vidéos BookTubing sont plus à même de transmettre le goût de la lecture au 21e siècle?

R- La littérature me semble bien vivante, comme en témoignent les publications dans le domaine de la littérature jeunesse ou Young Adult, qui sont en pleine expansion… Par contre, l’enseignement de la littérature, lui, mérite d’être (re)pensé en fonction du rapport que les jeunes entretiennent à la lecture et des intérêts que représente la lecture littéraire, qui peuvent être nombreux, selon le mode de lecture adopté et le corpus choisi.

 

Q – Pourquoi enseigner le BookTubing en classe ?

R- Pratiquer le BookTubing en classe donne l’occasion de valoriser un mode de lecture affectivement marqué, ce qui est caractéristique des prises de parole des BookTubeuses et BookTubeurs, où identification aux personnages, suspense et émotions ressenties riment avec plaisir de lire. L’école aurait tout intérêt à valoriser non seulement une conception lettrée de la lecture (calquée sur le mode de lecture experte pratiquée par la critique littéraire), mais également à accueillir d’autres pratiques au sein de la classe, en vue de convaincre les jeunes de ménager une place aux livres dans leur univers culturel. L’école n’est pas uniquement affaire de compétences, mais également de médiations culturelles réussies...

Par ailleurs, le BookTubing permet de diversifier les activités scolaires liées à la lecture en conciliant enjeux littéraires, numériques et enseignement du français. Il permet :

  • de développer des compétences qui touchent à la lecture et la littérature, en demandant de résumer et critiquer un récit pour le présenter ;
  • de travailler plusieurs dimensions de l’oralité : la voix (volume, débit, pause), la corporalité (gestuelle, posture, regard) et la mise en scène de soi (choix du lieu, des vêtements) ;
  • d’initier les élèves à la réalisation d’une vidéo en se filmant et en montant le film. La publication des vidéos permet d’aborder la question du droit d’auteur ainsi que la problématique de la gestion de l’image de soi via les réseaux sociaux.

 

Q- Qu’est-ce qui vous a inspirée à faire un concours de BookTubing dans les écoles ?

R- L’envie de valoriser le travail des élèves et des enseignant·e·s, en offrant une certaine visibilité aux productions réalisées en classe, mais aussi de proposer un espace de diffusion pour ces mêmes productions, car actuellement, publier des vidéos d’élèves peut poser problème au regard de la loi sur la protection des données. Il s’agissait également de motiver les classes à pratiquer le BookTubing avec cette première édition du concours, dont la remise des prix a eu lieu au Salon du livre de Genève ! Les vidéos réalisées par les élèves étaient vraiment très réussies et nous nous réjouissons d’avance de l’édition à venir, en espérant qu’elle soit également un succès…

 

Q- Quels sont les critères qui ont permis de déterminer les lauréats du concours de BookTubing dans les écoles ? Quel critère vous a permis de trancher ?

R- Les critères étaient liés au dispositif d’enseignement proposé et concernaient la qualité de la production orale, du contenu (résumé et opinion sur le livre) ainsi que de la vidéo (film et montage). Un critère concernait également le côté punchy du BookTubing, c’est-à-dire la prise enthousiaste de ce genre de communication. Le jury, composé de 6 membres (plus le public), a sélectionné trois productions finalistes qui entraient dans les critères retenus et qui se démarquaient des autres vidéos par une certaine originalité dans le montage et/ou dans le ton adopté (voir les vidéos finalistes sur https://www.booktubers.ch/le-concours/la-remise-des-prix/).

 

Q- Vous offrez une formation continue d’une demi-journée s’adressant aux enseignant·e·s qui donne « les outils nécessaires qui permettent d’enseigner le BookTubing tant sur le plan didactique (FR) que technique (MITIC) ». A quoi on peut s’attendre en suivant cette formation ?

R- C’est une formation qui vise à outiller les enseignant·e·s pour enseigner le BookTubing en tant que genre oral. Nous proposons un dispositif d’enseignement assez souple, pour qu’il puisse s’adapter en fonction des besoins. Nous donnons également l’occasion aux enseignant·e·s de passer en revue les étapes impliquant la production d’une vidéo en réalisant eux-mêmes un petit film.

 

Q- Quels conseils donneriez-vous à un·e enseignant·e qui souhaite intégrer des activités BookTubing dans sa classe, mais qui hésite à cause de moyens techniques et de temps limités ?

R- Je pense que l’investissement vaut vraiment la peine, dans le sens où l’enseignement du BookTubing permet de travailler de nombreux aspects du français, notamment la production orale, tellement importante aujourd’hui pour communiquer dans diverses situations, notamment professionnelles. Évidemment, comme tout projet, un tel enseignement est chronophage et l’utilisation de moyens techniques demande toujours une certaine organisation ainsi que la gestion d’imprévus, mais une collaboration avec la ou le PRessMITIC de l’établissement peut être un moyen intéressant de bénéficier d’aide pour tout ce qui concerne la réalisation des films. 

 

 

Pour participer à l’édition 2018-2019, restez à l’affût! Visitez régulièrement le site booktubers.ch.

 

Propos recueillis par Rosalie Bourdages, assistante-diplômée à la HEP Vaud, rosalie.bourdages@hepl.ch

Chronique publiée le 23 juin 2018

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